Introduction
Voili voilou le saxophone en bambou dont je vous avais déjà parlé. Cette fois il s’agit donc d’un saxophone et non point d’une clarinette. Si vous avez fureté à droite à gauche sur le site, vous devez maintenant savoir que la principale différence entre ces deux instrument est non pas le matériau dans lequel ils sont fabriqués mais la forme de la perce. Dans le cas de la clarinette, la perce est cylindrique alors que dans le cas du sax, elle est cônique.
D’un point de vue accoustique, une perce cylindrique génère des harmoniques de rang impair alors que dans le cas de la perce cônique, on trouve aussi dans le spectre sonore des harmoniques de rang pair (un de ces jours je vous mettrai en ligne des spectrogrammes des différents instruments présentés ici pour bien voir la différence).
Revenons en à la fabrication proprement dite.
Description générale
Trouver un morceau de bambou dont la perce soit suffisamment cônique n’est pas une mince affaire. Je pensais naïvement qu’une légère conicité suffirait mais non, ça ne suffit pas. D’où l’idée (pas vraiment de moi en fait, ce gars là l’a fait avant moi), d’utiliser des sections de bambou de diamètre différent. Le résultat est montré dans la première photo.
L’instrument est composé de trois parties :
La section supérieure comprend le bec. C’est elle qui a le plus
petit diamètre. Elle est enmanchée dans la seconde section grâce
à un joint fait de fil de coton enroulé très serré pour assurer
une bonne rigidité à l’ensemble tout en permettant un démontage
facile et un accordage de l’instrument.
La seconde section est la plus longue. Tous les trous de
l’instrument sont percés dans cette section. J’ai du légèrement
agrandir le diamètre de cette section pour que la première
section rentre dedans. L’enmanchement avec la troisème section
est collé à la colle époxy à deux composants.
La troisième section est celle de plus grand diamètre.
Sur le haut de l’instrument on voit deux colliers en laiton. Le plus haut des deux est ajusté sur la première section. Il s’agit en fait de la ligature servant à tenir l’anche sur le bec. Cette ligature a été réalisée de la même façon que celle de la clarinette en bambou déjà présentée. Le second collier est serré sur le haut de la deuxième section. Il est la pour empêcher l’éclatement de l’instrument (qui a déjà éclaté une fois, j’y reviendrai...).
Bec
Le bec (photo 2) a été fabriqué comme pour la clarinette, si ce n’est qu’il est beaucoup plus étroit. De plus l’angle formé par la mentonière et la table du bec est beaucoup plus fermé, pour favoriser les sonorités un peu plus « aggressives ». La mentonnière a été façonnée dans un morceau de chataîgner, bois beaucoup plus dur que le pin que j’utilisais avant. Ainsi elle devrait être plus durable.
Cette fois j’ai fait attention à la planeité de la table du bec, et cela se ressent dans la justesse de l’instrument. La hauteur des notes fluctue moins avec les variations de la pince. Bref ça marche beaucoup mieux.
Calcul de l’emplacement des trous
Ici pas possible d’utiliser tel que le modèle de calcul déjà décrit ici. Ce modèle convient pour les instruments à perce cylindrique mais pas pour les cônes pour au moins une raison : quand une correction fait remonter un trou, le diamètre de la perce en regard de sa nouvelle position change (il devient plus petit) puisqu’on travaille sur un cône.
En premier lieu j’ai fait la supposition que mes trois sections de bambou étaient cylindriques (ce n’est pas exactement vrai mais la conicité de ceux ci me semblait négligeable par rapport à la différence de diamètre d’une section à une autre). Ensuite j’ai procédé ainsi :
estimation des positions initiales
ajustement des diamètres en fonction d’une fréquence de coupure
cible.
application de la correction sur quatre itérations max. En fait
j’arrêtais la correction dès qu’un trou changeait de section.
détermination du diamètre de la perce pour chaque nouvelle position
des trous
correction du diamètre en fonction de la fréquence de coupure
(surtout dans le cas ou un trou change de section)
retour à l’étape correction.
J’ai réitéré le processus jusqu’à ce que l’aspect visuel du modèle me parraisse correct (là j’avoue que c’est super pifométrique et vague mais c’est comme ça...), soit 4 fois.
Trou de registre
Pas facile à placer celui là... D’un point de vue théorique, sur une perce cylindrique il faudrait qu’il soit à peu près à 1/3 de la longueur en partant du haut et 1/2 pour les perces côniques. Le problème est qu’ici le modèle est hybride. C’est tellement vrai que normallement pour un cylindre on a :
Alors que pour un cône on a :
F représentant la fréquence, c la vitesse du
son et L la longueur du tube. Après estimation pifométrique,
mon sax répondait à la formule :
Gasp...
J’ai donc coupé la poire en deux, et le trou de registre est placé à un peu plus haut que la moitié de la hauteur. Vous allez rire, c’est assez incroyable mais ça marche.
Trou du bas
Vous pouvez voir (photo 4 ci-dessous et aussi la première), que ce trou est beaucoup plus grand que les autres, et il est loin du précédent. De ce fait, comme il se bouche avec le petit doigt, il est difficile à boucher. Je prévois de lui adjoindre une clé pour le fermer. Ça sera beaucoup plus pratique.
Y’a eu de la casse
Évidemment, il a bien fallu que je fasse une grosse connerie, ça aurait été trop beau. Rassurez vous je l’ai faite : J’ai joué l’instrument pour régler la taille de mes trous sans saturer la perce d’huile au préalable ! Le résultat ne s’est pas fait attendre : la seconde section a éclaté sur presque tout sa longueur quelques heures plus tard (un bien sinistre « clac » en vérité).
J’ai réparé en collant à la colle epoxy bi-composant et en serrant pendant le séchage à l’aide de colliers vissables (genre serflex). Après séchage, j’ai fabriqué et ajouté le collier en laiton qu’on voit en haut de la seconde section.
Sur la photo ci-dessous on voit très bien la ligne de fracture, qui a eu le bon goût de ne pas passer par un trou (mais pas loin du trou de registre ! Ouf !). Le pire a ainsi été évité.
Pour finir
Ce fût loin d’être évident, mais je suis bien content du résultat. Quand au son (bientôt !), il est assez étonnant : entre la clarinette et le sax soprano. J’aime beaucoup ce que donne cet assemblage de sections de bambous et cela me donne plein d’idées pour la suite. À suivre donc...




